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Du sud au nord au sud, puis au nord ...
Du sud au nord au sud, puis au nord ...

La visite jordanienne n'a été ni simple ni logique, on en a perdu le nord et les distances. N'essayez pas de nous suivre sur une carte, vous ne réussirez pas, mais regardez seulement où nous sommes passés !
Nous traversons la mer Rouge, non pas à vélo, mais en bateau pour arriver en Jordanie. A bord, les douaniers gardent nos passeports, ils nous sont rendus à l'arrivée à Aqaba, le visa est gratuit. On s'attendait à une jolie petite ville balnéaire. Déception ! un immense port commercial, des docks et containeurs empilés, cimenteries poussiéreuses et air pollué. On s'éloigne direction sud et on dort au Bedouin camp, à 5 km de la frontière d'Arabie Saoudite. Nous ne savions pas que les bédouins avaient une piscine avec toboggan devant leur porte ! Il ne reste de bédouin que le nom. Tente reconstituée pour touristes, le tout en bordure de grande route avec tarifs exagérés pour touristes et conseillé aux routards par les guides les plus connus...! Nous snorkelons juste un peu (car nous reviendrons) pour dire bonjour aux poissons endormis avant de repartir au nord sur l'incontournable Petra. On s'y installe en camping sur un toit pour 1,30 /personne, vue sur la vallée et les montagnes environnantes, puis on ne résiste pas à aller sur le site malgré l'heure avancée. L'accès de celui-ci passe par la mystérieuse et envoûtante gorge "As Siq" de 1,5 km de long, à la sortie de laquelle apparaît, comme par enchantement, la majestueuse "Kazneh" (ou Trésor) taillée dans la falaise et dont les ornements somptueux forment un contraste saisissant avec la roche vierge de la gorge aux formes et couleurs étonnantes.

La gorge As Siq et la Kazneh
La gorge As Siq et la Kazneh

Al Deir (le monastère)
Al Deir (le monastère)

La montée pour quitter Petra est dure et longue, mais nous la descendrons deux semaines plus tard, Christine à 64 km/h et moi à 72,9 km/h, record battu pour chacun.
Nous sommes sur la King's Highway qui passe à Kerak, lieu des croisés. Un vélo plein de sacoches est posé en bord de route. On s'approche. Il y a une petite vache suisse en fétiche, le cycliste est allongé sous un arbre, relaxe. Hervé, de Montreux, parti depuis plusieurs mois. On pensait seulement lui serrer la main, et ça a duré trois heures ! petite bouffe et grosses rigolades. Il en a marre des gosses qui lui lancent des cailloux.

Et ça cause ! et ça rigole ...
Et ça cause ! et ça rigole ...

Les ruines d'un château des croisés, dominant la vallée de Kerak, sont surprenantes. On apprend que Renaud de Châtillon y jouait à lancer, du haut des remparts, les prisonniers dont il protégeait la tête dans une caisse en bois, afin de prolonger leurs souffrances... Ces techniques n'existent plus, alors ne nous plaignons pas ! nous ne nous en sommes tirés qu'avec deux pneus crevés pendant les 5 mn oû nous étions à la poste. Descente folle sur la mer Morte à moins 400 mètres d'altitude, c'est l'endroit le plus profond de la surface de notre terre. Des gamins nous lancent des cailloux en passant. Un peu plus loin, nous recevons de l'eau d'un camion nous dépassant, puis un autre jour de l'herbe... ce qu'ils ont sous la main. Ce n'est pas franchement amical et le stress s'installe petit à petit. Mais la route sinueuse est jolie et sauvage. Les bédouins sont nombreux. La mer est morte mais belle !

On longe la mer sur 40 km. Israël est en face, le coin est plutôt militaire. On s'installe en bivouac en toute discrétion à 2 km d'un check point et tour de contrôle. La nuit est tombée, un coup de fusil éclate, je réveille notre Webmaster qui dort comme une masse, il râle et déclare : "Qu'on ne me réveille pas juste pour un coup de fusil !". Un projecteur balaie la côte où nous sommes, on baisse la tête et on se tasse dans nos duvets, puis on dort comme des bébés fatigués. Le lendemain, on se baigne (pardon, on flotte comme des ballons) dans cette eau saturée de sel et on essaie les bienfaits du bain de boue si réputé pour ses vertus réparatrices.

Nous savions que cette boue rétracte la peau au point de rajeunir les peaux les plus fripées, mais rétrécir les jambes à ce point !

Puis nous filons sur Amman. Notre Webmaster a son avion a prendre. Ville qui nous semble de bien peu d'intérêt. On y découvre néanmoins deux galeries d'art, des quartiers remarquablement modernes, un théâtre romain et la citadelle. La ville, de 80 ans seulement, est bâtie sur 17 hautes collines. Les rues sillonnent aux fond des vallées. Les autres accès sont des ruelles et escaliers. Cette ville n'est vraiment pas faite pour les vélos !
Notre Webmaster prend son avion de retour le 23 mars et nous laisse son vélo... devinez pourquoi ? et bien Tibor, un autre ami, arrive le 22 mars avec le grand désir de faire de la plongée en mer Rouge, plein sud. Nous restons tous les quatre ensemble une journée, puis redescendons avec Tibor la King's Highway à vélo. On est sympa ? ou on est bête ? qu'en pensez vous ?

L'ami Tibor
L'ami Tibor

En sortant d'Amman, une voiture ralentit et la conductrice m'interpelle. Emmanuelle nous connaît déjà, elle a entendu parler de nous, elle est française et guide dans le Wadi Rum, le désert jordanien. Nous la rejoignons quelques jours plus tard. La route "King's Highway" courre sur un plateau élevé entrecoupé par de profondes vallées appelées wadi, mais il faut les traverser...

On croise à Dana un cyclotouriste canadien appelé Gibi, petite bouffe dans un cadre bien sympathique. Dana, petit village au fond d'un grand trou, dans une réserve naturelle. C'est la première fois depuis le départ que nous poussons nos vélos pour en sortir. Pousser 50 kg, c'est pas rien, même arc-boutés... En insistant debout sur les pédales, on aurait probablement cassé la chaîne.

Trop duuuuuurrrr !
Trop duuuuuurrrr !

Un jour, à trois mètres, un ado me jette une pierre derrière la tête. Je l'évite en me couchant violemment sur mon guidon. Le cailloux me frôle, sans blessure, mais je chute à toute allure en plein milieu de la route. J'ai mal au coude et à l'avant bras. Le sang coule mais rien de cassé. La hanche me fait mal. Des adultes s'approchent. J'hésite à leur montrer mon cul pour regarder ma hanche, ça me démange de choquer leur pudeur. La peau est limée et le pantalon déchiré. Je suis cette fois très en colère. Je fais un show de contestation. Les anciens m'approuvent, un adulte plus jeune rigole... Plus loin, j'achète une fronde que je garderai sous la main tout le restant du voyage en Jordanie. Ma tolérance a disparu. On cherche des explications qui ne viennent pas. La veille du départ, Christine se fait courser par un ado agressif qui veut la frapper avec un bâton. Nous ne voulions pourtant pas croire les guides qui le racontent. La Jordanie à vélo devient une mode ! on se demande pourquoi ! pour les voyageurs à pieds, pas de problèmes, alors pourquoi les vélos ? Néanmoins, et bien entendu, nous avons connu beaucoup de jordaniens fort sympathiques qui regrettent toutes ces histoires et la police est active pour cesser ces gestes débiles.
On revisite Kerak puis revisite Petra (tout ça pour Tibor ! vous vous souvenez ?), puis filons sur le désert du Wadi Rum. Superbe. On en profite pour se prendre en photo de près... pour vous ! Sommes-nous toujours beaux ? ou tout à fait défaits ?

Nous y retrouvons Emmanuelle pour bivouaquer proche de la frontière saoudienne. Elle est à cheval pour une semaine avec une dizaine de touristes. C'est le plus beau désert de Jordanie, elle y organise des randos à cheval, de la grimpe, du vélo etc. L'ambiance est chouette et si vous voulez vous détendre, voici une bonne adresse : www.desertguidescompany.com

Le bivouac
Le bivouac

Une rando équestre
Une rando équestre

Et nous continuons plein sud sur la mer Rouge. Repos complet pendant 20 jours sous une tente bédouine, sur une plage. Enfin les vacances bien méritées après 8'960 km ! Nous rencontrons plein de gens intéressants, comme Bruno, un descendant du "Petit Prince" de St-Exupéry passionné par les animaux, voyageant depuis une vingtaine d'années dont 7 ans non-stop avec son 4X4, passant de réserve en réserve...

Soirée crêpes avec Bruno, français
Soirée crêpes avec Bruno, français

Plage avec René et Manuela, deux suisses
Plage avec René et Manuela, deux suisses

Avec Marc, australien
Avec Marc, australien

Sans oublier tous les petits poissons dont leurs habitudes nous deviennent familières en les observant chaque matins.

Lion fish
Lion fish

Le retour à Amman se fait cette fois en bus. Et cette fois encore, nous continuons les vacances. La société PricewaterhouseCoopers, qui nous sponsorise, nous permet aussi, grâce aux larges connaissances d'Anne Simon et de son équipe du WEF, de nous reposer deux jours et deux nuits dans l'un des plus beaux SPA du monde, massages musculaires et champagne compris. La détente est totale sur les bords de la mer Morte. On baigne dans le confort, le raffinement et le bien-être. Nous sommes à nouveau prêts à repartir pour 8'900 km.

Et champagne ...
Et champagne ...

Retour à Amman où cette fois encore, le hasard nous fait croiser de chouettes personnages. Un journaliste iraquien nous fait passer un interview. On ne vous a encore jamais parlé des médias, et bien allons-y : Ci-dessous un article paru en Jordanie, Iraq et Arabie Saoudite. Un autre article est paru en Egypte, et nous sommes passés sur la TV en Libye et en Syrie, où nous sommes actuellement. Dommage, on comprend rien ! et n'oubliez pas de lire de droite à gauche...

Et puisque je vous ai parlé de PricewaterhouseCoopers, je vais aussi vous parler de notre deuxième sponsor, que vous avez vu en page de présentation : la société Flexcell. Cette société nous a remis un chargeur solaire avec batterie intégrée, de manière à être totalement autonome en matière d'énergie. Ce système solaire nous permet de charger ordinateur, appareil photo, lampe frontale, rasoir, radio, téléphone sans oublier l'indispensable Epilady... et tout ce qui a besoin d'énergie. Voyez plutôt la photo ci-dessous et vous pouvez toujours regarder le site : www.flexcell.ch

Revenons à nos moutons et toutes nos rencontres. Le poète iraquien Jamal Ali al-Hallaq nous invite à passer une soirée chez lui et nous fait découvrir une facette peu connue de l'Irak. Jamal est cité dans une thèse défendue par Loulouwa Al Rachid , que je cite : "Enfin, une culture de l'ombre (...) commence (...) à se constituer en réaction à la culture d'état; de nombreux recueils de nouvelles et de poèmes, le plus souvent écrits à la main et photocopiés à quelques dizaines d'exemplaires, circulent à toute vitesse, hors censure. De jeunes écrivains défient aujourd'hui ouvertement le pouvoir et le monopole qu'il exerce depuis plus de trois décennies sur la production intellectuelle du pays (...). Ces travaux prennent la forme de petits livres qui circulent sous le manteau et qui sont très prisés de la jeunesse, compte tenu de leur charge subversive et contestative. (...) les jeunes auteurs (...) manient à merveille le cinisme et la dérision. Jamal Ali Al-Hallaq fait partie de cette génération montante d'écrivains qui refusent toute compromission aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, allant jusqu'à préférer le chemin de l'exil et ses incertitudes (...)." Exilé en Jordanie, il devait, avec sa famille, recevoir le visa ce mois-ci pour s'installer dans un autre pays.

L'amoureuse, sensuelle et sensible Youngwan Han, sud-coréenne, chorégraphe et artiste, édite un livre et nous en fait cadeau. Le seul art est, dit-elle, "celui qui permet à chacun d'être heureux". Son livre s'appelle : "Top Art R U Happy ?"

Et bien sûr des rencontres jordaniennes de tous styles...

Jeune fille dans les rues d'Amman
Jeune fille dans les rues d'Amman

Un regard discret ...
Un regard discret ...

Il commence à faire sérieusement chaud, il faut donc monter au nord encore un peu. On essait de quitter Amman par la bonne route (nous ne maîtrisons pas bien l'arabe), Jerash, site romain est à 70 km. Petite anecdote d'un dialogue courant :
"S'il vous plaît, est-ce bien la route de Jerash ?"
Le passant regarde nos montures : "En train ou en bus ?"
"En vélo".
Le passant réfléchit, puis : "Impossible".
Nous faisons les déçus et les étonnés : "Pourquoi ?"
Le passant déclare, sûr de lui : "70 km".
Nous : "Mafi mouchkla (pas de problèmes)".
Le passant nous sourit, ne veut pas nous vexer, mais après réflexion, il insiste : "Mouchkla (problème)"
Et ça dure, il tente d'argumenter : "Ca monte et ça descend et c'est trop loin".
Nous voulons rouler pour aller de l'avant, alors un dialogue de sourds s'installe. On répète : "Mafi mouchkla", mais il répète à son tour "mouchkla". Alors, le moyen de mettre une fin à la discussion est de dire : "Nous venons de France à vélo, 9'000 km".
Il est perplexe, n'a plus d'arguments et, les yeux écarquillés, répond :
"A la toul (c'est tout droit)".
"Choukrane" (merci) et l'on redémarre. Il nous regarde ébahi, nous montre son pouce en l'air ou nous applaudit. Les passants sont admiratifs la plupart du temps.
Un seul hôtel à Jerash, trop cher pour nous. Alors nous dormons dans le kiosque de vente des billets d'entrée du site romain.

Le forum
Le forum

A 9h du matin, il fait déjà très chaud. Nous mettrons 2h30 pour quitter la ville et faire... 8 km. La montée est rude, très rude et pas de chance ! Christine crève deux fois sa roue arrière.
Malgré les divers petits soucis sur la route, la Jordanie aura été finalement un lieu de vacances agréables et de chouette repos. Ce fût aussi un très grand plaisir d'avoir pu rouler, d'abord avec Renaud, puis Tibor, deux amis drôles et finalement bien courageux. Nous avons appris ici à jouer correctement au backgammon et ce petit pays a su nous retenir 7 semaines.
Direction la Syrie. A bientôt. (Pour les voyageurs : on a obtenu le visa syrien en 3h à Amman)